William Klein, Contacts peints

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Dakar, 1963 © William Klein

Il y a les photographes bien élevés, qui se tiennent, courtois, à distance respectueuse. Ils se plient aux règles de la bienséance, des conventions sociales du rapport à l’autre et ont une pratique de la photographie de l’ordre du travail « bien fait », net, sans bavure.

William Klein n’est pas de ceux là..

Son rapport à l’autre et à la prise de vue est physique, abrupt, immédiat. Rentre-dedans.

Subversif, Klein dynamite les règles. Cadrages serrés, bougé, grand angle. Iconoclaste, il se moque des normes techniques ou esthétiques. Mais il ne faut pas se fier au premier sentiment de chaos. S’il est assurément irrévérencieux, à y regarder de plus près, il serait bien réducteur de ne considérer William Klein que comme un « mauvais garçon ».

La forme d’abord : si, à l’évidence, il ne respecte pas les règles établies, la composition, les proportions sont parfaites tout comme l’équilibre des noirs et blancs. Photographe, Klein a d’abord une formation de peintre, il a fréquenté les ateliers d’André Lhote et de Fernand Léger.

Le sujet, ensuite : Klein nous immerge dans le réel. Il est aussi réalisateur de films (Qui êtes-vous Polly Maggo ?Le Messie…) et de documentaires. Au delà de la proximité, on prend la vie de plein fouet. Cette foule de gosses, c’est autour de moi (de lui, de nous…) qu’elle s’agite, qu’elle roule des yeux, qu’elle plaque la main. Ses images sont mouvantes, vivantes, nerveuses, dynamiques.

Les contacts peints, maintenant : c’est en créant la série télévisées Contacts* qu’a surgit l’idée des contacts peints. (Contacts : la caméra fait un travelling sur une planche-contact tandis que le photographe commente ses images. Les planches-contacts sont souvent constellées d’annotations, de croix, les photos choisies pour être agrandies encadrées au crayon rouge ou blanc.) Klein fait tirer un morceau de sa pellicule (l’image choisie et de part et d’autre celle qui la précède et la succède) en très grand format, et vient donner l’estocade à l’image à grands coups de pinceaux avec de la peinture acrylique et des couleurs vives. Plus moyen alors d’esquiver le regard. Rien de décoratif. Il n’use pas de la peinture comme d’un artifice, mais génère une fusion des médiums, qui à la fois se répliquent et se heurtent, pour se renforcer, se renouveler l’un l’autre.

Si William Klein transgresse les règles, ses images sont empreintes d’une parfaite maîtrise, et c’est par sa transgression même qu’il instaure les fondements d’une œuvre unique, jubilatoire et fulgurante.

Publié par

Caroline Benichou

Si tant est que je sache faire quelque chose, je crois que je sais regarder et je sais aussi que tout regard est entaché d'erreur, car c'est la démarche qui nous projette le plus hors de nous-mêmes, et sans la moindre garantie... Julio Cortazar, Las Babas del Diablo

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