Joan Fontcuberta, Agave ferox II, 1988

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© Joan Fontcuberta

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !
Charles Baudelaire, L’héautontimorouménos, in Les fleurs du mal.

La Photographie devient alors pour moi un medium bizarre, une nouvelle forme d’hallucination […] image folle, frottée de réel.
Roland Barthes, in La chambre claire.

Frottogrammes : le négatif de la photographie frotté contre l’objet photographié avant la réalisation du tirage.
Alliance du frottage inspiré par Max Ernst (qui passait une mine de plomb sur une feuille posée à même une surface irrégulière, générant ainsi des motifs ou des figures aléatoires, équivalent pictural de l’écriture automatique chez les surréalistes) et de la photographie.
La photographie comme image de contact (lumineux) avec l’objet, comme écriture/inscription automatique de l’objet sur le négatif par la petite mécanique de l’appareil et de la chimie.
Abolition des distances. La photographie comme substance, frottée contre l’objet, frottée au réel (et non plus de réel), soudain comme action tactile, comme expérience physique et charnelle. Cicatrices, plaies ouvertes à même la peau de l’image.
L’image alors, vecteur de mémoire du visible et du tangible, porte la trace et les stigmates de ses contacts à l’objet.

Publié par

Caroline Benichou

Si tant est que je sache faire quelque chose, je crois que je sais regarder et je sais aussi que tout regard est entaché d'erreur, car c'est la démarche qui nous projette le plus hors de nous-mêmes, et sans la moindre garantie... Julio Cortazar, Las Babas del Diablo