Diane Arbus

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© Diane Arbus

Regarde, mais regarde bien, l’objectif l’a tellement enflé que ton visage est comme abcès.
C’est toi. […]
C’est toi, toi dans l’instantané.
C’est toi, toi dans l’éternité.
En plein devenir.
C’est toi dans la durée. […]
Ephémère de toujours, tu ne te reconnais pas ?
Blaise Cendrars, in Une nuit dans la forêt.

If I were just curious, it would be very hard to say to someone, I want to come to your house and have you talk to me and tell me the story of your life. I mean people are going to say, You’re crazy. Plus they’re going to keep mighty guarded. But the camera is a kind of license. A lot of people, they want to be paid that much attention and that’s a reasonable kind of attention to be paid.
Diane Arbus

Attardés mentaux, travestis, prostituées, pensionnaires d’hôtels sordides, « monstres » de foire… Ainsi se compose l’oeuvre de Diane Arbus. Ou plutôt se fragmente. Affranchie de toute intention de racolage (elle ne donne pas en spectacle ces individus en marge), sa démarche est également bien éloignée d’un quelconque dessein de dresser un portrait de société.
Pas de photographies volées. Portrait frontaux, regards bien en face. La relation à l’autre est sans distance aucune. I never have taken a picture I’ve intended. They’re always better or worse. Et l’image alors nous submerge car elle révèle le trouble, un instant d’abandon laissant entrevoir les failles. Par-delà l’altérité, le sentiment prégnant de l’identification de la photographe à ses sujets. Si ses images produisent souvent le malaise, c’est peut-être parce qu’au travers de ce kaléidoscope de fêlures, de disparités, de détresse ou d’aliénation, elle nous conduit à nous interroger sur notre conception même de la normalité et nous renvoie vertigineusement à nos propres défaillances et à nos inquiétudes.