Jane Evelyn Atwood, Rue des Lombards

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© Jane Evelyn Atwood

La fille descend les escalier obscurs. Elle repart vers la rue.

Elle a la blondeur enfantine et auréolée. Sa robe est bien trop courte et ses talons trop hauts. Quelque chose vacille.

Rue des Lombards, premier reportage de Jane Evelyn Atwood, jeune américaine installée à Paris. Pendant un an, elle vit les nuits des prostituées du 19 rue des Lombards. Elle se lie d’amitié avec Blondine, une des femmes travaillant dans cet hôtel de passe, qui la guidera et la fera pénétrer dans ce petit univers de la prostitution. Les images, nocturnes, oscillant dans une constante pénombre, sous les seuls éclairages des réverbères, des reflets sur les pavés, des quelques ampoules ça et là, dévoilent à la fois le glauque au quotidien comme la beauté de ces femmes. Regard différent, regard de femme peut-être, pas de racolage chez elle, une pudeur dans l’impudique en somme.

Et se dessine déjà dans son travail une constante qui jalonnera toujours son oeuvre. Au-delà de la force de son incontestable engagement et de l’empathie qui affleure dans chacun de ses reportages (de Jean-Louis/Vivre et mourir du Sida à ses reportages consacrés à Haïti, aux ravages des mines antipersonnels ou aux femmes en prison), la singularité du regard de Jane Evelyn Atwood, c’est sa capacité à révéler et à donner à voir l’absurdité, le dérangement d’une humanité chancelante, ce qui justement, comme cette belle blonde qui descend l’escalier, soudain, vacille.