Shomei Tomatsu, Blood & Rose 2, Tokyo, 1969

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© Shomei Tomatsu

…le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompés en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueuil et mon ennui.
Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour.

Vous autres poètes avez fait de l’amour une immense imposture : ce qui nous échoit semble toujours moins beau que ces rimes accolées comme deux bouches l’une sur l’autre.
Marguerite Yourcenar, L’Œuvre au noir:

Un couple, presque une créature bicéphale. Frères siamois étrangement accolés, imbriqués par la peau du cou.
L’homme et la femme symbiotiques et miroirs l’un de l’autre. L’œil aveugle et mort, curieusement velu, sexe, animal, insecte, trouve son double dans la curieuse coiffure de l’homme qui tourne le dos. La moue de la bouche ourlée en rappel à l’oreille.
Mais est-il son amant ou son assassin ?
La tête de la femme repose dans le creux de l’épaule où elle semble s’encastrer à la perfection. L’homme ne nous offre, ne lui offre, que sa nuque. On devine dans le flou, vaguement, une bribe de son visage incertain. Le creux de son cou accueille parfaitement cette tête, qui n’est d’ailleurs rien d’autre qu’une tête, presque cadavre, tant le corps et le regard de la femme sont absents. Dépossédée. Offrande flasque et décapitée sur le reposoir de l’épaule.