Georgia O’Keeffe par Alfred Stieglitz

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Rarement photographe n’aura réalisé autant de portraits de sa compagne.
Quand ils se rencontrent, Alfred Stieglitz, 54 ans, est un artiste reconnu, il publie la célèbre revue Camera Work et gère la galerie 291 à New York, Georgia O’Keeffe, de 23 ans sa cadette, après avoir poursuivi des études d’art, enseigne. Lorsqu’il voit les dessins de Georgia O’Keeffe pour la première fois, il s’écrie « At last, a woman on paper! » Sous ses encouragements, elle s’installe à New York, abandonne l’enseignement et entame une carrière d’artiste. Elle devient une grand figure de l’art américain.
De leur amour restent plus de 300 images : Stieglitz la photographie de façon obsessionnelle de 1917 à 1937.

All I want is to preserve that wonderful something which so purely exists between us.
Alfred Steiglitz

La femme aimée

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© Harry Callahan, Ed van der Elsken, Emmet Gowin, Bernard Plossu, Man Ray, Denis Roche, Jacob Aue Sobol, Alfred Stieglitz, Edward Weston.

 

Elle marchait, et elle savait vers quoi. C’était ça l’important. Une sensation merveilleuse. Quand le destin finalement s’entrouvre, et devient chemin visible, trace indéniable, et direction certaine. Le temps interminable de l’approche. Ce moment où l’on accoste. On voudrait qu’il ne finisse jamais. Le geste de s’en remettre au destin. C’est une émotion, ça. Plus de dilemmes, plus de mensonges. Savoir où. Et y aller. Quel qu’il soit, ce destin.

Alessandro Baricco, Océan Mer

Il en va peut-être de la photographie comme de l’amour. Pour les photographes, il y a les femmes, nombreuses, qui traversent les images. Et il y a, parfois, La femme. Celle pour qui le regard et l’œuvre se transfigurent.

On trouve celles, points d’ancrages incessants, qui traversent toute une œuvre et toute une vie (Edith, pour Emmet Gowin ; Françoise et Françoise, pour Bernard Plossu et Denis Roche ; Eleanor pour Harry Callahan) et celles de passage, qui au passage, semblent conduire l’œuvre à un point d’acmé (Vali Myers pour Ed van der Elsken ; Kiki de Montparnasse et Lee Miller pour Man Ray ; Sabine pour Jacob Aue Sobol ; Georgia O’Keeffe, pour Alfred Stieglitz ; Tina Modotti pour Edward Weston).

Elles sont plus que de simples muses, de simples écrans sur lesquels les photographes projettent leur vision. Bien plus de simples femmes-images. Au-delà du désir, amoureux et photographique, elles sont les révélateurs, les déclencheurs, celles vers qui soudain le regard se focalise, se submerge, accoste et se trouve.

La femme aimée.

Solarisée

Solarisation (ou effet Sabatier) : Phénomène physico-lumineux qui permet, par une sur-insolation globale de l’image obtenue après développement et avant son fixage, de transformer celle-ci en son négatif. Un liseré caractéristique se forme aux zones de transition claire-sombre.
In Petites cosmogonies, Patrick Bailly-Maître-Grand.

Tu es le grand soleil qui me monte à la tête.
Paul Eluard, Je t’aime in Le phénix.

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Man Ray, Primat de la matière sur la pensée, 1931

Man Ray (L’homme rayon de lumière, de son vrai nom Emmanuel Rudnitzky) se déclarait « fautographe ». Quand je prenais des photos, quand j’étais dans la chambre noire, j’évitais exprès toutes les règles, je mélangeais les produits les plus insensés, j’utilisais des pellicules périmées, je faisais les pires choses contre la chimie et la photo, et ça ne se voit pas. Un fautographe qui se plaisait à enfreindre les règles des procédures photographiques, comme par exemple introduire la lumière dans la chambre noire : « solariser », donc.

Dans la lignée de Man Ray, les surréalistes procèderont à nombre de subversions photographiques par la solarisation, le brûlage, le grattage ou les distorsions, mettant alors à l’épreuve l’épreuve photographique comme le réel.

Si par la solarisation les surréalistes, et d’autres photographes après eux, ont bouleversé le corps de l’image, c’est aussi le corps féminin qui s’en est trouvé le plus souvent bouleversé.

Fiat lux, et lux fuit. L’exposition à la lumière vient engendrer une autre révélation photographique. Et l’image devient le lieu de l’étrangeté, de la métamorphose des corps et des désirs, femmes spectrales flottant, visages dévorés, beautés convulsives et convulsées, où le rêve côtoie le cauchemar et la beauté le monstrueux.

 

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© Eve Arnold, Hans Bellmer, Pierre Boucher, Blanc & Demilly, Erwin Blumenfeld, Marcel Bovis, Brassaï, Wynn Bullock, Denise Colomb, Konad Cramer, Carlotta Corpron, Gordon H. Coster, Max Dupain, Josef Ehm, Andreas Feininger, Gene Fenn, Gertrude Fehr, Heinz Hajek-Halke, Heinrich Heidersberger, Dora Maar, Gjon Mili, Lee Miller, Laszlo Moholy-Nagy, Jean Moral, Roger Parry, Irving Penn, Man Ray, Eugène Rubin, Bohumil Šťastný, André Steiner, Alfred Stieglitz, Maurice Tabard, Raoul Ubac

Le côté du derrière

Marcel Marien
© Marcel Marien

Il subsiste en vous toujours un petit peu de curiosité de réserve pour le côté du derrière. On se dit qu’il ne vous apprendra plus rien le derrière, qu’on a plus une minute à perdre à son sujet, et puis on recommence encore une fois cependant rien que pour en avoir le cœur net qu’il est bien vide et on apprend tout de même quelque chose de neuf à son égard et ça suffit pour vous remettre en train d’optimisme.
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout la nuit.