Anders Petersen, Roman et son amie américaine, Stockholm, 2001

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© Anders Petersen

 

La tendresse prend naissance à l’instant où nous sommes rejetés sur le seuil de l’âge adulte et où nous nous rendons compte avec angoisse des avantages de l’enfance que nous ne comprenions pas quand nous étions enfants.
La tendresse, c’est la frayeur que nous inspire l’âge adulte.
La tendresse, c’est la tentative de créer un espace artificiel où l’autre doit être traité comme un enfant.
La tendresse, c’est aussi la frayeur des conséquences physiques de l’amour ; c’est une tentative de soustraire l’amour au monde des adultes (où il est insidieux, contraignant, lourd de chair et de responsabilité) et de considérer la femme comme un enfant.
Milan Kundera, La vie est ailleurs.

I want to go back to bed and get inside her. That’s the only time there’s anything approaching peace. And when she sits on my face. When she lowers herself onto my mouth. This feels like doom. This is a pyramid on my chest. I want to change blood with her. I want her slavery. I want her promise. I want her death.
Leonard Cohen, The End of my Life in Art (ext).

L’image contient presque l’espace du lit. En fait, elle ne contient que l’espace du lit et les deux corps.
Si ce n’est l’évident désordre des draps, tout est paisible. L’homme, surtout, repose dans un abandon qu’on pourrait presque qualifier de féminin (l’iconographie photographique montre rarement les hommes nus dans une apparente vulnérabilité).
Post coitum omne animal triste est, sive gallus et mulier.
Le regard en plongé bascule, met le couple sens dessus-dessous, bouleverse l’ordre du monde : alors que de toute sa chair il devrait peser sur le lit, et malgré la sensualité lourde de l’image, soudain l’homme semble en apesanteur. Pris dans ce grand froissement d’étoffe, le regard perdu, alors même qu’il est d’une infernale beauté, il fait curieusement écho aux vierges des immaculées conceptions ou aux saintes extatiques. Mais elle le retient, le ramène à elle – alors que lui l’effleure à peine du bout des doigts, peut-être est-il déjà loin – de ses deux mains appuyées et de sa jambe qui vient comme un reptile se lover dans le creux de son cou.
Et l’amour et les corps, célestes, orgastiques et profanes, défient les lois de la gravité.