Mes petites effigies

lapin
© Annette Messager

Metteur en scène de sa mythologie personnelle Annette Messager use des techniques les plus variées (photo, collage, objets hétéroclites, montages, dessins, textes…). Ici, une installation (objet/photo/calligraphie), comme un rituel de protection évoquant le vaudou.
Couturière, elle a façonné une effigie avec des jouets : une tête de petit lapin rose en peluche accolée au corps d’une poupée de chiffon. La créature hybride et mythologique, mi-homme mi-animal, rappelle les objets de cultes, les fétiches africains : un objet sacré et magique (le lapin est souvent l’apanage du magicien). La photographie portée en pendentif comme une amulette montre une main protectrice enveloppant le ventre de l’homme-lapin, épinglé au mur, au-dessus de l’inscription incantatoire « protection protection, protection… ». Usée, tâchée, l’effigie fait référence à un vieux « doudou », vestige de l’enfance jalousement gardé (talisman protecteur et rassurant aux vertus presque magiques). Jouet fétiche, objet adoré et malmené. On pique des aiguilles dans le fétiche, on maltraite la peluche.
L’artiste attire l’attention sur des objets de consommation propres aux sociétés occidentales « civilisées » qui, sans le reconnaître, ont des pratiques fétichistes proches des rituels de sociétés qu’elles jugent primitives.