August Sander, Boxeurs, 1912

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© August Sander

Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs.
William Shakespeare, Comme il vous plaira.

sander.gifAuguste Sander avait entrepris une œuvre magistrale et ambitieuse : dresser un portrait, un recensement en quelque sorte, de la population allemande de son temps. Il photographia les paysans comme les soldats, les bourgeois comme les ouvriers. Il réunit ainsi plus de 40 000 clichés montrant les différents corps de métier et les différentes classes sociales dans leur environnement quotidien.
Chaque image montre la physionomie et l’attitude, la fonction, le rôle hiérarchique de l’individu.
Sander travailla sur un mode objectif, cherchant à fixer le réel avec précision, sans idéalisation ni volonté réductrice. Il fit preuve d’une évidente capacité à comprendre et à aller à la rencontre des hommes. C’est pourquoi son œuvre, qui s’étendit sur plusieurs décennies, ne se limite pas à une extraordinaire galerie de portraits, elle est une véritable chronique sociologique en images.
Rarement, sur les photographies de Sander, les sujets sourient.
Le notaire, le bourgeois, les ouvriers en dimanche, le maçon, le soldat… Ils posent, dignes et sérieux, conscients de la possible postérité, chacun joue et remplit son rôle, important, devant le photographe.
Sur cette image, deux boxeurs. Si celui de gauche, les poings serrés, un peu crispé, le cheveu impeccable, garde une expression impassible et se plie à la règle, celui de droite, hirsute, les oreilles décollées, le cou rentré dans les épaules comme un gamin conscient de commettre une bêtise, ne peut réprimer un sourire amusé, contenu, imbécile presque. Ainsi, l’improbable duo du bel arien stoïque et de son acolyte hilare et indiscipliné font exception dans la très sérieuse galerie de portraits de monsieur Sander.