Michel Vanden Eeckhoudt

[…] le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.
En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

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L’humour est la politesse du désespoir.

Chris Marker

Il ne faudrait pas l’oublier. Ne pas oublier non plus que son œuvre ni tapageuse, ni démonstrative, dénuée de toute fatuité et de toute certitude, recèle des trésors de poésie et de délicatesse.

Funambule : Acrobate équilibriste exécutant des exercices de fildefériste sur un câble tendu à grande hauteur ; danseur de corde. (définition du Larousse).

Michel Vanden Eeckhoudt fut aussi funambule que photographe : pour saisir avec autant de finesse les fêlures, les dissonances, le dérisoire, il faut savoir prendre beaucoup de hauteur et reconnaître que l’on tient soi-même en équilibre sur un fil et comme le monde et ceux qui le peuplent sont tous un peu bancals, à la limite de la bascule.

Chez lui, l’omniprésence des photographies d’animaux, souvent en captivité, ne tient pas du répertoire zoologique. Ils sont les miroirs/métaphores de la condition et de l’enfermement des hommes. A ce titre, le photographe belge tient du fabuliste, il y du La Fontaine là-dessous, un humour manifeste et une porte laissée grande ouverte pour l’imagination et la subjectivité de celui qui regarde. Ici, le récit n’est pas au service d’une moralité : Michel Vanden Eeckhoudt ne donne pas de leçon, n’assène pas de vérités, il est plutôt glaneur de doutes.

L’humour est aussi difficile que rare en photographie. Celui de Michel Vanden Eeckhoudt, parfois un peu potache au premier abord, est souvent de l’ordre du grincement. Au rire que suscite le premier regard sur l’image, suit une mélancolie souvent douloureuse face aux incongruités du quotidien qu’il révèle. Le tragique côtoie la drôlerie, l’accablement côtoie l’espoir. On ne trouvera dans sa  photographie ni sarcasme, ni cynisme, ni cruauté : il ne s’amuse et ne nous amuse aux dépens de personne. Il se place sur un pied d’égalité avec ce qu’il photographie autant qu’avec celui qui regarde. Son sens de la dérision va de pair avec celui de l’autodérision.

Danseur de corde, donc, il nous entraîne avec lui, avec une grâce et une élégance rares, sur le fil de nos paradoxes, de nos inadaptations, de nos déraillements, et nous rappelle que nous pouvons trouver une consolation en toute chose.