Gilbert & Georges, In the Piss, 1997

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© Gilbert & Georges

 

Ten commandments by Gilbert and George
Thou shalt fight conformism
Thou shalt be the messenger of freedoms
Thou shalt make use of sex
Thou shalt reinvent life
Thou shalt create artificial art
Thou shalt have a sense of purpose
Thou shalt not know exactly what thou dost, but thou shalt do it
Thou shalt give thy love
Thou shalt grab the soul
Thou shalt give something back

Gilbert (Prousch) et George (Passmore) se rencontrent en 1968 à la Saint-Martin’s School of Art de Londres et y exposent ensemble pour la première fois. Les deux anglais irrévérencieux, adeptes de l’art pour tous, aux impeccables complets devenus leurs uniformes de travail et leur signe de reconnaissance auprès du grand public, constituent depuis un couple d’artistes inséparables.
Ils réalisent des performances, comme les célèbres Singing Sculptures (1970) ou des films désopilants, comme Gordon’s makes us drunk* (1972). Durant douze minutes, sur fond de musique classique, Gilbert et George, impassibles, se pochtronnent copieusement à grand renfort de gin de la marque Gordon’s, tout en répétant d’une voix monocorde « Gordon’s makes us drunk » avec dignité et un flegme très britannique. Cet antagonisme entre leur attitude et leur apparence élégantes, socialement irréprochables et conventionnelles, et leur œuvre anticonformiste, souvent provocatrice ou parfois scatologique est une constante du binôme transgressif.
Leurs premières photographies apparaissent dès le début des années 1970, d’abord en noir et blanc, puis en introduisant la couleur rouge. Ces images de grand format, à l’atmosphère oppressante, abordent les questions du chômage, de l’exclusion, de l’homosexualité… Depuis les années 1980, leurs travaux sont conçus le plus souvent par séries, aux couleurs éclatantes et aux quadrillages noirs évoquant des vitraux.
S’ils sont le sujet central de leur œuvre, qui sonde sans cesse la question de l’auto-représentation, leur implication est avant tout un moyen de tendre à un champ de questionnements très large. Souvent contestés, volontiers provocateurs et iconoclastes, ils y abordent la dualité, le fondamentalisme religieux, le sexe, la violence ou la peur, et, se jouant des préjugés, s’interrogent sur les tabous de notre société.
In the Piss (2,26 m x 1,90 m) fait partie de la série très controversée New Testamental Pictures, qui rassemble des autoportraits des deux artistes nus sur fond de sécrétions corporelles (sang, larmes, sueur, sperme, excréments, salive) métamorphosées en images abstraites par des agrandissements au microscope. Ils figurent ici, Adam et Eve d’un nouveau genre, sur un fond jaune éclatant d’urine. Les violentes réactions que cette image a suscitées montrent à quel point leur travail pose question, alors que notre société aseptisée n’a de cesse de revendiquer la libération sexuelle et l’émancipation du corps, sur notre rapport aux fluides corporels et à la nudité.
There is such a big prejudice against…nakedness and two men. (Gilbert)

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