Dorothea Lange, Damaged Child, 1936.

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Damaged child, Shacktown, Elm Grove, Oklahoma, 1936.© Dorothea Lange Estate

There is a crime here that goes beyond denunciation. There is a sorrow here that weeping cannot symbolize. There is a failure here that topples all our success. The fertile earth, the straight tree rows, the sturdy trunks, and the ripe fruit. And children dying of pellagra must die because a profit cannot be taken from an orange. And coroners must dill in the certificates – died of malnutrition – because the food must rot, must be forced to rot.
The people come with nets to fish for potatoes in the river, and the guards hold them back; they come in rattling cars to get the dumped oranges, but the kerosene is sprayed. And they stand still and watch the potatoes float by, listen to the screaming pigs being killed in a ditch and covered with quicklime, watch the mountains of oranges slop down to a putrefying ooze; and in the eyes of the people there is the failure; and in the eyes of the hungry there is a growing wrath. In the souls of the people the grapes of wrath are filling and growing heavy, growing heavy for the vintage.
John Steinbeck, The Grapes of Wrath, 1939.

I am trying here to say something about the despised, the defeated, the alienated. About death and disaster, about the wounded, the crippled, the helpless, the rootless, the dislocated. About finality. About the last ditch.
Dorothea Lange

Après la crise de 1929, les Etats-Unis sombrent dans une grave période de récession économique. Parmi les mesures du programme du New Deal engagées par Roosevelt, la Farm Security Administration (FSA) entreprend, entre 1935 et 1942, sous l’impulsion de Roy Stycker, une enquête photographique sur l’Amérique rurale. La FSA recrute de nombreux photographes (parmi lesquels Walker Evans, Russel Lee, Ben Shan et Dorothea Lange), avec pour principe d’aborder la réalité le plus objectivement possible. Ils réalisent 270 000 images, qui sont autant de témoignages de la réalité économique et sociale de ces années noires.
Engagée alors qu’elle est photographe de studio à San Francisco, Dorothea Lange est la seule femme parmi les photographes de la FSA. Elle est également la plus atypique, car ses images sont très éloignées de la vision objective ou symbolique exigée par l’administration. Chez Dorothea Lange, pas de froideur documentaire ni de rigueur informative.
En guenilles crasseuses, devant la baraque de tôles, la fillette pâle fixe la photographe de ses petits yeux creusés, effarouchée. Ses bras grêles, son visage déjà dur et marqué, ses mains instinctivement refermées vers elle trahissent une réaction d’animal traqué. L’image est d’une violence inouïe, non seulement par son sujet, mais par le bouleversement de Dorothea Lange au moment de la prise de vue qui transperce pour venir s’emparer de nous. Il serait simpliste de considérer son travail comme bêtement compatissant. Il est bien au-delà. Elle exprime dans ses images un investissement personnel, une proximité viscérale, douloureuse, physique et émotionnelle, à ceux qu’elle photographie. Attentive à l’excès, elle semble se refuser (ou être incapable) à porter un regard distancié. « Personne n’a su qui j’étais, ni même la couleur de mon existence. Mais j’étais quand même là ».