Ishiuchi Miyako, Scars

Isshiuchi 2
Accident, 1981 © Ishiuchi Miyako

 

J’ai reçu la vie comme une blessure, et j’ai défendu au suicide de guérir la cicatrice. Je veux que le Créateur en contemple, à chaque heure de son éternité, la crevasse béante. C’est le châtiment que je lui inflige.
Les chants de Maldoror, Chant troisième, Comte de Lautréamont.

Scars generally carry a rather negative connotation. They are not shown to others, not exhibited in public, and are to be kept quietly hidden away, or measures are taken so that they won’t be seen — they belong to an extremely private realm. I take photographs of such scars, which are so very like a personal secret.
Ishiuchi Miyako

Une abstraction presque. Le grain de la peau qui devient soudain un paysage accidenté. Des corps, anonymes, fractionnés. Traces de traces.
Des cicatrices, en très gros plan. Empreintes, vestiges, de douleurs, de chagrins, de drames passés. Le corps comme support/vecteur/révélateur de secrets et d’histoires inscrites à même la peau puis à même la peau de la photographie. Car l’intime ici est brutalement livré sans pourtant rien révéler son mystère. L’image comme la cicatrice restent silencieuses. Elles disent juste la trace d’une ancienne plaie qui s’est refermée. Petit souvenir indélébile des meurtrissures. La vulnérabilité d’un corps périssable, fragile, altéré.
Mais alors, aussi, la preuve, tangible, de la vie au travail. Rien d’irréparable, en somme.