Bernard Plossu, Mexique, 1981

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© Bernard Plossu

Je ne dors pas pour rêver, lui dit-elle.
Je dors pour t’oublier. Qu’il est bon de dormir seule,
sans tumulte dans la soie.
Eloigne-toi que je te voie
solitaire, là-bas, pensant à moi quand je t’oublie
Rien ne me fait mal dans ton absence,
la nuit ne griffe pas ma poitrine ni tes lèvres.
Je dors sur mon corps tout entier,
tout entier, sans partage,
tes mains ne déchirent pas ma robe et tes pas
ne martèlent pas mon coeur comme une noisette
lorsque tu refermes la porte.
Rien ne me manque dans ton absence :
mes seins m’appartiennent. Mon nombril.
Mes taches de rousseur. Mon grain de beauté.
et mes mains et mes jambes m’appartiennent.
Tout en moi m’appartient
et pour toi, les images désirées,
prends-les donc pour meubler ton exil,
lève tes visions comme un dernier toast
et dis, si tu veux : ton amour est trépas.
Quant à moi, j’écouterai mon corps
avec le calme d’une médecin, rien, rien
ne me fait mal dans ton absence
si ce n’est la solitude de l’univers !

Mahmoud Darwich, in Comme des fleurs d’amandier ou plus loin, Actes Sud.

Un lit défait. Un corps de femme qui tourne le dos, dans l’abdication paisible du sommeil. La courbe douce de ses hanches sous le drap. La courbe lisse de son corps dans le froissement des draps. Le contact de la chair à l’étoffe. Les cheveux noirs profond tâchent la blancheur du lit.
Imprégnée d’elle-même, elle repose. Nue et pourtant couverte, découverte et pourtant inaccessible.
Douceur indicible de l’image, de cette femme hors de portée, hors d’atteinte, de la lumière qui ruisselle. Rien ne vient briser le repos de la femme seule, étrangère au monde dans la quiétude, la torpeur, l’inertie du sommeil. Image enveloppante, qui ne semble pas être une prise de vue, un acte de prédation au monde, juste un regard à peine posé.