Martin Bogren, Hollow

 

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La ville semble saisie par un hiver insurmontable. A moins qu’il ne se soit saisi de lui, qui dérive seul, comme étranger de lui-même. Piégé dans l’absurdité d’être au monde quand tout horizon ressemble à une impasse.

Ici tout est froid, il est empli d’apparitions sourdes et blanches et déambule en cherchant un point d’ancrage, peut-être une rédemption par la lumière aveuglante, un peu de chaleur sûrement. Celle d’un autre – une tendresse humaine –, qui toujours lui échappe et lui tourne le dos, plus inquiétant que consolateur. Celle d’une autre, qui s’offre ou se refuse mais demeure irrémédiablement une île déserte, comme un miroir à sa solitude.

Sa quête pourrait être une défaite.

Comme si chaque fois il entrevoyait une issue, il cherche à saisir des visions troubles contre lesquelles il semble buter – et nous qui regardons ses images butons avec lui, bouleversés –, puis, à nouveau il s’égare, dans le monde comme en lui-même, pour encore révéler des fulgurances.

Ses photographies sont des vertiges, elles ont la beauté des vaincus qui retrouvent la lumière, elles disent la solitude de celui qui s’est perdu, qui se sent dérisoire, mais affronte la peur du vide et celle de ne pas pouvoir exister. Alors, elles saisissent autant d’illuminations que de désespoirs et laissent deviner que l’hiver n’est, finalement, pas insurmontable.

Texte paru dans le livre d’artiste Hollow de Martin Bogren, édité à 15 exemplaires.