Martin Bogren, Hollow

 

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La ville semble saisie par un hiver insurmontable. A moins qu’il ne se soit saisi de lui, qui dérive seul, comme étranger de lui-même. Piégé dans l’absurdité d’être au monde quand tout horizon ressemble à une impasse.

Ici tout est froid, il est empli d’apparitions sourdes et blanches et déambule en cherchant un point d’ancrage, peut-être une rédemption par la lumière aveuglante, un peu de chaleur sûrement. Celle d’un autre – une tendresse humaine –, qui toujours lui échappe et lui tourne le dos, plus inquiétant que consolateur. Celle d’une autre, qui s’offre ou se refuse mais demeure irrémédiablement une île déserte, comme un miroir à sa solitude.

Sa quête pourrait être une défaite.

Comme si chaque fois il entrevoyait une issue, il cherche à saisir des visions troubles contre lesquelles il semble buter – et nous qui regardons ses images butons avec lui, bouleversés –, puis, à nouveau il s’égare, dans le monde comme en lui-même, pour encore révéler des fulgurances.

Ses photographies sont des vertiges, elles ont la beauté des vaincus qui retrouvent la lumière, elles disent la solitude de celui qui s’est perdu, qui se sent dérisoire, mais affronte la peur du vide et celle de ne pas pouvoir exister. Alors, elles saisissent autant d’illuminations que de désespoirs et laissent deviner que l’hiver n’est, finalement, pas insurmontable.

Texte paru dans le livre d’artiste Hollow de Martin Bogren, édité à 15 exemplaires.

 

Martin Bogren, Italia

Italia révèle l’évolution d’une écriture photographique qui semble trouver son point d’acmé. Se déprenant tout à la fois de l’approche plus documentaire de ses séries précédentes (Océan, Lowlands, Tractor Boys…) et de ses influences (la photographie suédoise est un héritage lourd de références), Martin Bogren a parcouru les villes italiennes sans véritable but. Il s’est agi pour lui de se perdre, de dessiner un chemin sans intention prédéfinie.

Ses déambulations ne sont donc pas seulement spatiales mais aussi mentales et émotionnelles. On comprend que si Italia est un parcours poétique, la série tient également du parcours initiatique. Ici, il n’y plus vraiment de sujet, mais un récit intimiste qui devient l’affirmation sensible des visions subjectives de l’auteur.

Tout en nuance de gris, les tirages subtils et d’une grande sensualité viennent renforcer ses images d’errances, oniriques et parfois inquiétantes, complètement hors du temps. On le suit avec fascination dans ces égarements, comme si nous pénétrions son rêve, entre des portraits saisissants qui semblent être des apparitions (enfants étranges, personnages tout droit sortis d’un conte, visages de madones qui sont autant de visions célestes), des rues nimbées de lumières éclatantes, des paysages confinant à l’abstraction.

Avec Italia, Martin Bogren prend un risque sans calcul: celui du lâcher prise, celui de se perdre donc, mais surtout celui de se livrer, avec délicatesse et sans ostentation. Italia est la quête d’un au-delà de la photographie, d’une manière d’être intense, d’un geste bouleversant de s’en remettre au monde.