Martin Chambi, La boda de Julio Gadea

240409-07p.jpg
© Martin Chambi

Le contexte, d’abord. Martin Chambi, originaire de Cuzco, photographie le Pérou des années 1920/1930. Son œuvre rassemble des paysages des Andes, des portraits en studio, des images d’événements populaires.

L’image, maintenant. Singulière photo de mariage. La légende nous l’indique, il s’agit des noces d’un notable. Julio Gadea est en effet le préfet de Cuzco. La longueur de la traîne, tenue par les demoiselles d’honneur à l’arrière plan, traduit d’ailleurs le mariage cossu.

Ils sont figés, là, un peu empruntés. Lui a l’air inquiet, presque sur ses gardes. Elle se tient en retrait, la tête légèrement enfoncée dans les épaules, comme si elle ployait sous le poids du nuage de tulle, avec un sourire forcé.

A l’arrière, des femmes, à l’exception d’un jeune homme, tout au fond. La scène est sombre, depuis le costume empesé du marié (ses chaussures sont neuves, on peut presque entendre le cuir lustré craquer) jusqu’au décor. Seules la mariée et les deux fillettes crèvent la pénombre.

Les mariés semblent avoir passé la porte de l’appartement (du studio du photographe ?) et s’être arrêtés, mal à l’aise de rencontrer le photographe, laissant le cortège à distance, la distance précise de la longueur du voile, écart auquel les convives sont d’ailleurs maintenus. La mariée quitte sa famille, et la traîne semble être le dernier rempart avant la séparation définitive, avant le passage de l’état de jeune fille à celui de femme. Un lien ténu, qui tient à peine aux bouts des doigts des deux fillettes.