Paul Himmel, Grand Central 2, 1947.

Grand Central
© Paul Himmel

La photographie peut inscrire le mouvement soit en opérant un découpage séquentiel du flux temporel (plusieurs images successives le décomposent pour le restituer, comme chez Marey, Muybridge ou encore Duane Michals…) soit par l’inscription du mouvement dans une seule et même image. On parle alors de bougé, on pourrait aussi parler de mouvement fixe. La photographie ne vient plus trancher net dans le continuum temporel, elle coupe « avec bavure », donnant ainsi un sentiment de réel sans pourtant réfléchir la réalité : l’oeil, d’ordinaire, ne peut garder inscrit la trace concrète du mouvement. La bave du temps… L’écart entre le temps perceptif réel et le temps photographique n’en est que plus marqué.

Dans cette image, Paul Himmel a su saisir le pas pressé des voyageurs sans visages, dans le hall de gare. Ils viennent cerner la jeune femme, immobile, qui attend, seule, une valise à ses pieds. Et l’empreinte du grouillement de la foule accroît son attente et sa solitude.