Raphaël Dallaporta, Antipersonnel # 3

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© Raphaël Dallaporta

La création d’un designer contemporain ? Le dessert d’un pâtissier chic et parisien, qui conçoit ses réalisations comme de la joaillerie ?

Le grain, les couleurs, le volume, tout atteste d’un objet raffiné, délicat, issu de l’industrie du luxe. Mais la légende, froide puisqu’elle est le simple descriptif de l’objet, comme la notice d’une quelconque cafetière fabriquée en Chine, nous dit :

SB 33 Italy / Weigh 140 g / Diameter 85 mm / Height 30 mm

A scatterable mine, the SB-33 is resilient, completely waterproof and its 35 g explosive charge will result in the traumatic amputation of the detonation limb. The SB-33AR version of the mine contains an anti-handling mechanism, but once laid is indistinguishable from the SB-33. The mine – now longer in production – was used in Iraq, Afghanistan and the Falkland Island.

Soudain surgissent la cohorte d’horreurs, de chairs meurtries et éclatées, d’enfants estropiés. Et l’on se surprend à avoir succombé à la séduction de l’objet, ainsi décontextualisé. Une référence, peut-être, aux ready-made duchampiens (Fontaine-urinoir à l’envers, porte bouteille etc). Changement de contexte et changement de point de vue. En les photographiant comme autant d’objets précieux (la série « Landmines 1:1 en compte treize), Raphaël Dallaporta brouille les pistes, pervertit les codes de représentation, et nous conduit, par le malaise qu’engendre la séduction première, à nous interroger sur notre perception des images et des objets.