Gina Pane, Questions de peau

Pane
© Gina Pane

Le corps est le cœur irréductible de l’être humain, sa partie la plus fragile.[…] Et la blessure est la mémoire du corps : elle représente sa fragilité, sa douleur, donc sa véritable existence.
Gina Pane, 1988.

Action sentimentale, 1973. Gina Pane réalise une action à la galerie Diagramma, Milan. Une des étapes de l’action : elle enfonce méthodiquement les épines d’une rose dans son bras, tendu vers le public, puis s’entaille la main avec une lame de rasoir. Reconstitution d’une rose.
L’action est en partie élaborée en fonction de sa potentielle captation photographique.
Le médium photographique, dans le processus, joue alors un rôle documentaire. Pourtant, les photographies sont aujourd’hui l’objet de l’exposition muséale. Les images exposées sont un vestige de l’œuvre, irremplaçable, puisque unique. Elles seules restent. Elles font acte (de l’action), elles font trace – une trace partielle, car elles n’opèrent qu’une faible rétention du continuum de l’action artistique (elles disloquent le flux, altèrent l’intensité, décontextualisent).
Gina Pane réalise une œuvre de contact, par l’inscription à même sa chair. Une écriture par la blessure. Ensuite vient la photographie, qui par son dispositif même, comme l’écrit Denis Roche dans La disparition des lucioles*, « fait au réel sa peau » (met à plat le réel sur la peau du papier, de la pellicule photographique). L’image photographique devient en quelque sorte, à l’instar de la peau de l’artiste, la mémoire cicatricielle des écorchures qu’elle s’est infligées.

* La disparition des lucioles, Denis Roche, Ed. de l’Etoile, Paris, 1982.