Le côté du derrière

Marcel Marien
© Marcel Marien

Il subsiste en vous toujours un petit peu de curiosité de réserve pour le côté du derrière. On se dit qu’il ne vous apprendra plus rien le derrière, qu’on a plus une minute à perdre à son sujet, et puis on recommence encore une fois cependant rien que pour en avoir le cœur net qu’il est bien vide et on apprend tout de même quelque chose de neuf à son égard et ça suffit pour vous remettre en train d’optimisme.
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout la nuit.

 

 

 

 

 

Se souvenir des choses fragiles

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Untitled #1141, © Masao Yamamoto

Masao Yamamoto sait se saisir des choses fragiles. Il semble en détenir le secret.

Saisir cette fragilité, à vif, à fleur de peau, cet excédent presque douloureux, fugitif, d’intensité, le souffle qui nous bouleverse et nous arrache un peu de nous-mêmes. Celle que nous voudrions effleurer du bouts des doigts, embrasser même, et que nous n’osons toucher de peur que tout se brise. Celle qui passe si vite et que nous sommes incapables de retenir, qui nous laisse un cri cloué dans la gorge, les bras ballants, démunis.

Se souvenir des choses fragiles…

Masao Yamamoto

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© Masao Yamamoto

 

Le papillon bat des ailes

comme s’il désespérait

de ce monde

Kobayashi Issa (1763-1828)

 

Masao Yamamoto semble entretenir une relation extrêmement sensible, singulière, récurrente, aux oiseaux.

Ici, un oiseau posé – rien ne le retient – sur une main offerte. Quelques grammes de plumes et de chant,  de chair palpitante et fragile. La main refuge, perchoir, reposoir, prête à l’accueillir ou à laisser libre cour à l’envol. Rien de plus. On devine la patience, le calme, la délicatesse, le temps consacré à laisser venir le volatile, devenu confiant, à la main.  Un éloge de la lenteur et du fugitif tout à la fois. Une respiration profonde et furtive. Un souffle qu’on retient. Image prémices et promesse de la douceur d’un monde soudain apaisé.